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Le développement historique et le fonctionnement de l'industrie de la chanson québécoise

Première partie
«Des veillées du bon vieux temps» aux festivals CPR: Les scènes urbaines reproduisent l'héritage de nos chansons (1917-1927)

Chapitre 2

Les nouvelles scènes: entre les traditions et le «showbiz», place à de nouvelles approches en chanson

    Particulièrement entre 1910 et 1920, les incertitudes sur l'avenir culturel stimulent des chercheurs universitaires. Linguistes et\ou ethnologues, ils choisissent d'étudier pour la première fois, de façon systématique, le rôle des chansons et des récits du folklore dans la recherche d'identité du peuple. Ils s'improvisent donc «ramasseurs de chansons». A l'exemple du pionnier Ernest Gagnon trois décennies plus tôt, Édouard-Zotique Massicotte et Marius Barbeau pratiquent la cueillette de chansons en tous lieux et en toutes circonstances. Leurs efforts sont facilitées par les enregistrements des premiers phonographes à cylindres. Les Archives de folklore de l'Université Laval sont fondées en 1920. Les échanges entre différents musiciens du Québec servent de fondement et de justification à cette recherche des racines musicales. Les musiciens se réunissent sous la forme des «Veillées» qui trouvent leur point culminant dans les soirées du Monument National de Montréal, ouvertes dès 1920. Il est ironique que les remarquables innovations technologiques dans l'enregistrement, de la gravure à la cire au disque 78 tours électrique, servent d'intermédiaire pour l'entretien nostalgique des traditions musicales. D'un autre côté, à cette époque, les modes de circulation de ce bagage traditionnel en chansons échappent aux définitions des intellectuels inquiets.

    Les approches des musiciens et auteurs de chansons folkloristes ne s'expliquent pas seulement par la nostalgie. D'abord, l'abondance des adaptations possibles du terroir empêche les thèmes et les formes de s'immobiliser dans le temps. Ensuite, les interprétations plus ou moins fidèles sont concurrencées par un grand nombre de compositions, inspirées des différentes facettes de la vie en ville. Durant toutes les années 20, surtout à partir de 1925, les «Veillées du Bon Vieux Temps» sont animées par Conrad Gauthier, lui-même auteur- compositeur, au Monument National. Les Veillées alimentent les énergies d'artistes aussi différents qu'Eugène Daigneault , Isidore Soucy , Charles Marchand, Alfred Montmarquette, Ovila Légaré, Hector Charland et La Bolduc. Même si elle demeure populaire partout au Québec, la formule des Veillées est d'autant plus concentrée dans les grandes villes, à cause de la menace qui pèse sur ces habitudes culturelles.

    L'effervescence internationale des milieux du spectacle à Montréal et à Québec influence aussi de manière indirecte nos auteur-e-s de chansons. On s'initie en ville à la musique classique, religieuse et profane: l'une des plus grandes cantatrices vivantes est une Québécoise, Emma Albani. Nos collégiens et nos clercs discutent des mérites du théâtre anglais et français de toutes les sources: souvenons-nous de la tournée québécoise de Sarah Bernhardt! Les tout premiers orchestres populaires américains passent en ville. L'activité artistique débordante franchit jusqu'à un certain point les barrières de classes. Inévitablement, quelques morceaux choisis des arts les plus bourgeois: airs d'opérettes, d'opéras, de comédies musicales, sont adaptés aux milieux du spectacle populaire québécois sous divers aspects: de la chanson à la parodie. Au carrefour des différents folklores européens et américains, au coeur des différentes évolutions de la chanson (du populaire au savant et vice-versa), les chansons patriotiques, les chansons d'amour, les chansons du quotidien et leurs dérivées séduisent les gens tour à tour.

* Tout extrait de ce texte peut être utilisé; veillez simplement à mentionner la source. *
Danielle Tremblay

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Édité le 16 décembre 1995