Page d'accueilChroniques musicales acadiennes

LA PETITE HISTOIRE D'UN GRAND GALA

par DAVID LONERGAN

Que reste-il des Galas de la chanson de Caraquet des années passées? Des souvenirs, des émotions enfouies au plus profond de chacun des participants, qu'ils soient concurrents ou spectateurs, quelques articles jaunis découpés et collés dans un «scrap-book». Dans le Musée acadien, une toute petite exposition présente les photos de la plupart des lauréats et donne succinctement quelques renseignements sur l'histoire des 30 ans de ce Gala.

Il était visionnaire le Père Louis Duguay, vicaire à Caraquet et chansonnier lui-même, qui eut l'idée d'organiser le premier Gala en 1969. Plusieurs répondirent à l'appel de ce concours sans audition, sans véritable répétition non plus: en une journée tout était fait. Raymond Breau gagna, Donat Lacroix et Calixte Duguay se méritèrent les deuxième et troisième prix tandis que Raymond LeBlanc (le poète) et Georges Langford (eh oui) s'en retournèrent chez eux sans prix mais sans doute fort heureux. Et le prêtre déménagea en Belgique. Pourquoi? L'exposition ne nous le dit pas mais il avait lancé un événement qui ne demandait qu'à continuer. Ghislaine Foulem, la «jeune» précise le texte (ce qui en soi signifie que le temps passe), assuma à titre de présidente la deuxième édition et les quatre subséquentes. Le Gala devint alors celui de la chanson et de la poésie, les catégories se complexifièrent: l'enthousiasme conduit parfois à des excès et bientôt il y eut plus de prix à remettre que de participants.

Durant cette période Donat Lacroix (1970), Marie-Reine Chiasson (1971), Bernard McLaughlin (1972) et Gérard Basque (1973) remportent la catégorie chanson senior. Deux autres catégories, intermédiaire (17 à 20 ans) et junior (12 à 17 ans) complètent ce palmarès. En poésie on retrouve les trois mêmes catégories et l'on voit la future animatrice de la radio de Radio-Canada, Carole Saint-Cyr, remporter la catégorie junior par deux fois en 1971 et 1972, puis l'intermédiaire en 1973 tandis que Jeannita Thériault l'emporte chez les seniors en 1972. La poésie sera mise hors concours en 1975 pour finalement être abandonnée en 1979. Mais, renaissant de ses cendres, cette même poésie reviendra sous la forme d'un festival dans le Festival acadien en 1997.

Parmi les autres participants, Jacques Savoie remportait le prix de la chanson primée (avec «Capucine» ou «Sam») en 1970, alors qu'il était inscrit dans la catégorie chanson intermédiaire, et le deuxième prix de poésie l'année suivante dans la même catégorie d'âge. Calixte Duguay, s'il ne gagna jamais du côté chanson, put se consoler en remportant le prix de poésie senior en 1970, passant ce coup-ci devant Raymond Breau. En 1971, Isabelle Roy se méritait le deuxième prix ex-aequo avec Les Fugues; contrairement à plusieurs autres, Isabelle ne tentera pas sa chance de nouveau.

En 1973 le Gala se provincialise et en 1974, on élimine les groupes d'âge en chanson et on structure les deux catégories qui se maintiennent encore aujourd'hui: chansonnier (que l'on rebaptisera auteur-compositeur en 1977 puis auteur-compositeur-interprète en 1978) et interprète; Denis Richard et Roseline Cormier sont les lauréats de cette année-là.

En 1975, on ajoute la catégorie instrumentale que remporte Marc Beaulieu tandis que Roger Lord fera de même en 1976. Mais cette catégorie sera abandonnée en 1982 parce qu'elle ne réussit pas à susciter suffisamment d'inscriptions annuellement. Johnny Comeau y participera en 1976. Les lauréats défilent et l'on assiste au retour des «perdants»: le gala devient aussi une école de formation, un événement qui permet de mesurer les progrès accomplis. Ils seront nombreux à gagner non plus à leur première participation mais à l'une des subséquentes. Ainsi Linda Wedge se présente comme interprète en 1976 et devient lauréate en 1977. Mais elle ne s'arrête pas là et elle participe au Gala de 1994, ce coup-ci dans les catégories d'auteur-compositeur-interprète (ACI) et de la chanson primée. L'ACI Roland Bryar l'emportera en 1980 à sa quatrième participation consécutive, signe de patience et de détermination. La liste des gagnants s'allonge: chez les ACI, Denis Losier (1975), Jean-Claude Arsenault (1976), Louÿs Pitre (1977), Suzanne Hébert (1978) et Denis Richard (1979), seul lauréat à remporter deux fois une même catégorie (il est vrai qu'elle avait changé d'appellation). Chez les interprètes pour les mêmes années: Denis Losier, Marie-Paule Martin, Linda Wedge, Lina Boudreau et Bernice Mallet. Pendant ce temps, plusieurs avaient enregistré des disques: parmi eux, Raymond Breau, Donat Lacroix, Calixte Duguay, Louÿs Pitre, Denis Losier et Beausoleil Broussard dont trois des membres avaient déjà participé au Gala: Johnny Comeau, Isabelle Roy et Jacques Savoie.

Les temps avaient bien changé entre le travail pionnier du père Duguay et la floraison de la fin des années 1970 et le Gala avait largement contribué à cet épanouissement.

(suite: les années 1980 et 1990...)

(Source: la revue «Acadie nouvelle», 14 août 1998)

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