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UN DISQUE AUX COULEURS DE L'ÉTÉ

par DAVID LONERGAN

Une chaude énergie envahit la scène et se communique à la foule rassemblée à l'ombre du Monument Lefebvre de Memramcook: Bois Joli soulignait à sa façon le 15 août. Sur leur tout récent et premier disque De Pré-d'en-Haut à Bois-Joli, on retrouve cette même énergie dans un assemblage de chansons d'horizons divers mais toutes marquées par une volonté de faire de la chanson «populaire».

Comme le groupe, le disque est sans prétention: manifestement, les membres du groupe prennent plaisir à chanter et à jouer un répertoire relativement éclectique. Les treize chansons nous invitent à un voyage qui va du «Chanter» de Bruce Huard (oui l'ex-Sultan dans une de ses réincarnations) au «Le bûcheron» de Julie Daraiche de l'époque où elle s'appelait Julie et les Frères Duguay: autrement dit du populaire le plus strict, réminiscence des belles années de Jeunesse d'aujourd'hui, au plus profond du pays western québécois ou «canayen». Le plus surprenant c'est que cette sélection de chansons se tient et donne une seule et même couleur au disque: tous les musiciens vont ensemble dans la même direction, se réappropriant le répertoire d'autrui, l'intégrant à leur vision musicale et le liant avec des airs traditionnels et des compositions originales, dont certaines sont fort intéressantes.

Côté traditionnel, le groupe nous offre une lecture d'«Adam et Ève», porteuse de toutes les ambiguïtés verbales. Le «double-entendre», pour reprendre cette expression anglaise empruntée au français, est une des caractéristiques des chansons du peuple qui s'en servaient comme d'un exutoire. Ainsi le premier couple se promène dans le Paradis «sans chemise, sans pantalon» tout en respectant la volonté divine: «Ne touchez pas aux fruits défendus»... Il nous propose une reprise de «La retraite de Bonaparte», dans une version beaucoup moins électrique que le «hit» de Garolou mais vivante, et peut-être plus porteuse de l'étrangeté du texte qui part de l'abandon de la Louisiane pour parler d'amours métisses.

Côté reprises, le paysage est plus complexe. Le «Maria Dolores» des Gypsy Kings reçoit un traitement tout à fait approprié, tout comme le «Danser» de Bruce Huard et «Le bûcheron» de Julie. Le tout brassé dans une sauce plus western que populaire, le violon se taillant une belle place dans l'ensemble comme dans tout le disque. «Mon Acadie» reçoit un arrangement similaire à celui que son auteur et premier interprète, Yrois Robichaud, a créé sur son disque co-réalisé avec Paulette Cormier-Roy. Jean Belliveau joue d'ailleurs du violon sur les deux...

Et puis, il y a les compositions originales. Elles chantent leur région avec la très enlevante «Pré-d'en-Haut» de Mario Mercier et Gaston Lacroix, et la rockeuse «Cap Bimet» de Georges et de Martin Belliveau. Elles chantent l'été avec la plus funky et une des meilleures du disque: «Fille d'été» de Georges Belliveau et de Michel Gauvin, qui met de l'avant le clavier de Martin et un très beau solo de violon de Jean Belliveau. Par ailleurs, cette chanson évoque très étroitement «C'est samedi soir» du disque Un autre jour arrive en ville du Beau Dommage première manière (1977): à la fois par la suite d'accords qui ouvre la chanson, par la rythmique et par certains aspects plus mélodiques, sans que les deux chansons soient pareilles... La plus militante, «La revanche» de Julie Arsenault, qui reprend le grand thème de la renaissance acadienne, m'interroge à cause des ellipses du texte qui donnent des phrases incomplètes et un peu barbares comme celles-ci: «La revanche est de s'exprimer ° Tout le monde remarquer» ou encore «Finalement, peuple réuni ° Victoire est accomplie»... Et puis il y a «La mer» d'Olivier LeBlanc, ma préférée de beaucoup à cause de son refrain et de sa conclusion par une trouvaille mélodique qui fond la voix dans le violon.

Les sept musiciens de Bois-Joli ont réussi pour leur coup d'envoi un disque plein de vie aux couleurs de l'été, pour tous ceux qui apprécient le mélange folklore/country/western et populaire.

(Source: la revue «Acadie nouvelle», 3 juillet 1998)

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